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La Côte-d’Ivoire de retour au bord du gouffre

Politique
nov. 12, 2020 monde.jpg

Un scrutin présidentiel contesté, pollué par des «fake news» et qui menace de conduire à une guerre civile ? Non, il ne s’agit pas d’un scénario catastrophe de l’élection présidentielle américaine : alors que les yeux du monde entier restent tournés vers l’issue du duel Trump-Biden et la réaction encore imprévisible du perdant, une autre élection, réellement controversée celle-là, est en train de faire basculer un pays d’Afrique, où l’on compte déjà 85 morts depuis le début de la campagne électorale. Un pays lui aussi réputé pour ses gratte-ciel, sa puissance économique (régionale, certes) et sa «way of life», si proche du mode de vie occidental. Du moins à Abidjan, la capitale économique. Depuis longtemps, la Côte-d’Ivoire fascine les visiteurs : «Quelque chose d’extraordinaire avait été accompli en ce coin d’Afrique», s’exclamait au début des années 70 l’écrivain britannique V.S. Naipaul. Reste qu’aujourd’hui le miracle a des allures de mirage.

Ce n’est pas la première fois hélas que le réel y rattrape le rêve. Mais dix ans après la terrible guerre civile de 2010-2011, la décision du président sortant Alassane Dramane Ouattara de se représenter à un troisième mandat, interdit par la Constitution, a mis à nouveau le feu aux poudres. Certes les appels à la désobéissance civile lancés par l’opposition n’ont pas réussi à empêcher la tenue du scrutin, perturbé cependant en province où de nombreux bureaux de votes sont restés fermés. Et l’opposition refuse toujours de reconnaître le vainqueur d’une élection jugée biaisée. Alors, la liste des morts s’allonge, au gré d’affrontements sporadiques qui ont encore fait plus de 15 victimes ce début de semaine, renforçant ainsi des rancœurs jamais éteintes depuis la crise de 2011.

Mardi, le secrétaire général de l’ONU, mais aussi le Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR) qui fait face à un afflux de 8 000 Ivoiriens dans les pays voisins, ont tiré la sonnette d’alarme. La Côte-d’Ivoire a également été évoquée mardi à l’Assemblée nationale en France où, répondant à la question d’un député, le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian «a fait une réponse de Normand : rappelant que la France est contre le troisième mandat mais qu’elle respecte le cadre légal et constitutionnel», constate le politologue ivoirien Franck Hermann Ekra.

Personne n’est dupe : tout le monde sait que le président sortant a été mal réélu pour un mandat de trop. Tout le monde guette la montée des tensions et sait qu’il faudra en réalité bien plus que la rencontre de ce mercredi entre Ouattara et le chef de file de l’opposition Henri Konan Bédié, assigné à résidence depuis une semaine, pour résoudre cette nouvelle spirale périlleuse. En 2011, cinq mois de crise postélectorale sanglante s’étaient achevés par l’intervention de l’armée française. Désormais, Paris est plus réticent à s’impliquer dans les affaires ivoiriennes. Mais l’ampleur des intérêts économiques en jeu, et la présence de 25 000 expatriés français, pourraient bien attirer rapidement les caméras vers ce pays où la France a toujours été une puissance tutélaire, entraînée parfois malgré elle dans les batailles meurtrières qui s’y jouent.

Source: https://www.liberation.fr/planete/2020/11/11/la-cote-d-ivoire-de-retour-au-bord-du-gouffre_1805309


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